REVOLUTION TUNISIENNE

14 Janvier 2011 - Tunis

Alors que d’autres se contentent de rêver leur vie, Lucas aura vécu son rêve jusqu’au bout. Une vie de grand reporter, l’appareil en bandoulière qui part dans la minute, à l’autre bout du monde. Ses rêves à lui c’était le Vietnam, Cuba, Tienanmen. Des moments d’histoire photographiques qui emplissaient sa bibliothèque.

Pour nous Lucas était un compagnon, celui qui marche à nos côtés vers le même but : l’histoire, celle que l’on poursuit et que de temps en temps on arrive à accrocher. Cette histoire derrière laquelle on court, mais pour laquelle on ne veut pas tout sacrifier.

Lucas est de ces caméléons qui parlent à tous, les chefs et les sans grades, égal à lui-même, quelque soit la situation.

A Bangkok, pendant les émeutes, il déjeunait chaque jour à la cantine des chemises rouges, ces paysans et ces ouvriers qui occupaient le centre de la capitale depuis un mois. Tous les jours, il mangeait là, « avec le peuple » qu’il disait. Lucas écoutait leurs histoires, partageait leurs peines et leur combat.

Avec la même conviction, où qu’il soit, des manifestations à Villiers-Le-Bel aux camps de Réfugiés au Nord-Kivu, Lucas choisissait son camp. Le camps des exploités, des sans voix, toujours. Il savait d’avance de quel côté il braquerait l’objectif. A Bangkok, c’était du bon côté de la barricade : avec les manifestants.

C’est là, avec le peuple tunisien, du côté du peuple tunisien, que tu es tombé. Dans un de ces moments d’Histoire où le peuple se soulève. Ce moment où rien ni personne ne peut l’arrêter.

Lucas c’était aussi notre pote. Un beau mec tiré à quatre épingle, silhouette de rocker, cheveux gominés et sourire de canaille. Dans le métier, beaucoup s’écoutent parler. Lucas, lui savait écouter. Quand il nous disait bonjour, pas de bise, il nous serrait dans ses bras. C’était lui Lucas.

C’est cette image de lui que nous voulons garder. Nous continuerons à vivre sa passion. Nous associons notre peine à celle de Karin, Nathalie, Chtouki, Albin et tous ceux qui l’aiment.